Avignon Derain dans le bronze

4 01 2008

Une centaine de pièces sculptées (statuettes, masques, bustes, médaillons) éclairent un pan méconnu de l’oeuvre d’André Derain. Le musée Angladon d’Avignon présente (jusqu’au 6 janvier) les bronzes d’une série limitée qui avaient permis, après la mort de l’artiste en 1954, de pérenniser des travaux menés en dilettante dans des matériaux précaires. Ils témoignent de la permanence d’une créativité que l’on ne retrouve pas dans l’oeuvre peinte. Comme si Derain avait trouvé avec la sculpture une joyeuse échappatoire à la lourdeur néo-classique qui a fini par plomber ses tableaux. Dès 1906, période de son apogée fauve, Derain découvre, ébloui, l’art nègre mais aussi la sculpture étrusque, égyptienne, assyrienne au British Museum de Londres. Toutes ces influences se croisent dans ses divers modelages. Les figures sont marquées par un primitivisme qui n’exclut pas l’élégance, ni l’humour. Divinités énigmatiques, masques de tragédie, guerriers, monstres difformes, femmes aux visages singuliers… Ces sculptures qui semblent appartenir à des civilisations disparues naissent en fait de la fantaisie de Derain, pas si éloigné ici de l’art brut de Dubuffet.

Midi Libre le 27 Décembre 2007.





Libération sexuelle au petit point

21 12 2007

Troublante et jubilatoire entreprise de détournement que celle de Helga Sophia Goetze! Voilà une bourgeoise rangée et mère de sept enfants qui se met soudain, à la fin des années 1960, à pratiquer assidûment la broderie. Jusque-là, rien que de très traditionnel. Sauf que sa broderie à elle emprunte insidieusement la voie des travaux à l’aiguille, symbole de l’assujettissement de la femme, pour clamer avec une insolence puissamment inventive les bienfaits de la libération sexuelle et d’une morale nouvelle dégagée des tabous touchant au plaisir charnel. Rien à voir avec les napperons de grand-maman: sur des tentures hautes en couleur, qui peuvent dépasser 2 m, elle fait sa révolution hippie au petit point, entre femmes nues lascives, paysages fleuris et aphorismes protestataires. La Collection de l’art brut, qui les a récemment découvertes à Berlin puis reçues en donation exceptionnelle – victime d’une attaque cérébrale, la brodeuse a dû abandonner son ouvrage –, en a intégré six pièces à son exposition «L’envers et l’endroit», précisément dédiée à l’inventivité débridée et hors norme dans les travaux à l’aiguille.

24 Heures le 14 Décembre 2007.