«Pas un sou pour l’Etat!»

18 05 2007

Suisse

Une fondation 100% privée! C’est la dernière carte que les collectionneurs d’œuvres d’art et donateurs ont décidé d’abattre pour permettre au futur Musée cantonal des beaux-arts de voir le jour au bord du lac Léman. «Après 17 ans de réflexion, les privés en ont marre de ne rien voir avancer!» explique Alain Dubois, lui-même collectionneur et fervent défenseur du projet. La solution? Créer une structure parallèle à l’actuelle Fondation pour le nouveau Musée des beaux-arts (composée de 13 membres représentant des pouvoirs publics et des mécènes) pour rassembler les 13 millions de francs privés qui manquent encore au futur musée (sur un budget total public-privé de 66 millions).

Décision imminente?

Alors que sur le plan politique, le dossier est empêtré par sa lenteur d’action, la décision de créer une fondation privée serait «en train d’être prise ces jours», selon Alain Dubois. Mise au courant, la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon se dit intéressée, «pour clarifier les diverses compétences» des différents partenaires du projet. Le collectionneur Alain Dubois est plus sévère: «La structure actuelle n’est pas appropriée pour avancer rapidement. Elle ne dispose pas des capacités personnelles pour dénicher des millions de francs…» Surtout, la nouvelle fondation privée permettrait de contourner la piètre image qu’ont les investisseurs de la gestion publique de l’actuel Musée des beaux-arts: tensions entre les directeurs et l’administration, mauvaises conditions d’exposition au Palais de Rumine, etc… «Plusieurs contacts nous disent: «On ne donnera pas un sou à l’Etat!» déplore Alain Dubois.

«Une telle fondation de soutien permettrait que des privés aillent parler au secteur privé», souligne pour sa part Jean-Jacques Cevey, président de l’actuelle Fondation du musée. Quant au directeur du Centre patronal vaudois, Jean-François Cavin, il confirme qu’une fondation privée «faciliterait les contacts» et permettrait aux donateurs de «poser certaines conditions». A commencer par un délai d’utilisation des fonds à fin 2008, par exemple.

Une voie libre pour le privé? La perspective en révulse plus d’un. Les autorités ont déjà mandaté une agence de communication lausannoise pour défendre les intérêts du futur musée. Et il paraît admis que le musée sera à terme retiré des mains de l’administration pour être chapeauté par une fondation. «Un premier pas vers une privatisation du musée, une aliénation dangereuse du patrimoine public», s’insurge Michel Thévoz, l’ancien conservateur du musée lausannois de l’Art Brut.

Le Matin le 18 Mai 2007.


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