Timbres bruts

24 05 2007

La Poste propose deux timbres dédiés à l’art brut. Ce qui tombe bien, tant on oublie souvent que ce type de création peut prendre une forme épistolaire. Nombreux sont les artistes d’art brut à avoir créé leur propre écriture, à s’être lancés dans des correspondances obsessionnelles (dont ils étaient la plupart du temps les seuls destinataires), ou à avoir enluminé lettres et enveloppes. L’un des timbres de La Poste, d’une valeur d’un franc, est justement dédié à un scripteur fabuleux, le Bernois Adolf Wölfi (1864-1930). Interné à l’asile psychiatrique de Waldau, Adolf Wöfli s’est lancé dans un récit cosmogonique sans fin, couvrant 25 000 pages de motifs bigarrés, de personnages invariablement masqués, de partitions musicales, de créations littéraires. Il est l’incarnation même de l’artiste d’art brut, retiré du monde, créateur de son propre univers et de son propre style, travailleur compulsif jamais à court d’inspiration.

L’autre timbre, qui vaut 1fr.80, propose une œuvre équestre (mais est-ce vraiment un cheval?) de Carlo Zinelli. Cet artiste italien (1916-1974) peignait à la gouache le recto et le verso de feuilles de papier, enrichissant parfois ses compositions de collages et de très nombreuses inscriptions. Carlo Zinelli a été interné à Vérone à l’âge de 31 ans. Dix ans plus tard, l’hôpital autorisait Carlo Zinelli à fréquenter un atelier de peinture. Il a ensuite réalisé près de trois mille dessins pendant une quinzaine d’années.

Le Temps le 24 Mai 2007.


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