A l’initiative de l’association des Nouveaux troubadours, une conférence de Laurent Dachin sur une notion inventée en France par le peintre Jean Dubuffet L’association des Nouveaux Troubadours a invité vendredi soir, à Saint-Sever du Moustier, l’écrivain et critique Laurent Dachin, auteur de « Art brut, l’instinct créateur », à animer une conférence sur l’art brut. Cette notion a été inventée en France par le peintre Jean Dubuffet en 1948. Néanmoins, dès 1850, partout en Europe, des psychiatres ont commencé à étudier l’activité plastique de certains malades. Des collections se constituent, des articles et des ouvrages sont publiés, les théories discutant du rapport du génie et de la création. Ces créations, Dubuffet les découvre dans les hôpitaux psychiatriques suisses et fonde alors la Compagnie de l’Art Brut. Il mène une croisade contre la conception officielle de l’art. En quelques années, il rassemble une collection privée qui devient une référence dans le milieu artistique occidental. Il soustrait à tout jugement clinique des grands artistes « classiques » de l’art brut : Adolf Wölfli, Heinrich-Anton Müller, Aloïse Corbaz, le sculpteur Auguste Forestier – que collectionnaient Paul Eluard et Raymond Queneau – ou encore des artistes découverts dans les milieux populaires où s’activent certains originaux révoltés. C’est cette collection surprenante qui, en 1967, sera présentée au public parisien au Musée des arts décoratifs, puis donnée à la ville de Lausanne où un musée de renommée mondiale ouvre en 1976. Emergent alors d’autres générations de l’art brut, avec l’apparition de la collection de l’architecte Alain Bourbonnais, que fait connaître l’exposition des Singuliers de l’art en 1978. Parallèlement, se constitue une autre collection, l’Aracine, à Neuilly-sur-Marne en 1984. Le monde de l’art brut européen amorce un véritable éclatement. L’art singulier donne ses lettres de noblesse à l’art brut : les reportages télévisés se multiplient sur des sites comme le Palais idéal du facteur Cheval, la Maison de Picassiette à Chartres ou les Rochers sculptés de Rothéneuf, en Bretagne. De nouveaux endroits sont découverts, comme le Village d’art préludien de Chomo (forêt de Fontainebleau), la Maison à vaisselle cassée de Robert Vasseur (Louviers), le Jardin de la mariée de Marcel Landreau (Mantes-la-Ville) ; aux Etats-Unis, le Jardin d’Eden de S.P. Dinsmore, le Bottle village de Grand’ma Prisbrey, les Girouettes géantes de Vollis Simpson… Des images fortes, qui naissent de l’angoisse commune à tous face à la vie et au monde, d’un besoin vital de s’exprimer.
Midi Libre le 28 Juillet 2007.
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