Une centaine de pièces sculptées (statuettes, masques, bustes, médaillons) éclairent un pan méconnu de l’oeuvre d’André Derain. Le musée Angladon d’Avignon présente (jusqu’au 6 janvier) les bronzes d’une série limitée qui avaient permis, après la mort de l’artiste en 1954, de pérenniser des travaux menés en dilettante dans des matériaux précaires. Ils témoignent de la permanence d’une créativité que l’on ne retrouve pas dans l’oeuvre peinte. Comme si Derain avait trouvé avec la sculpture une joyeuse échappatoire à la lourdeur néo-classique qui a fini par plomber ses tableaux. Dès 1906, période de son apogée fauve, Derain découvre, ébloui, l’art nègre mais aussi la sculpture étrusque, égyptienne, assyrienne au British Museum de Londres. Toutes ces influences se croisent dans ses divers modelages. Les figures sont marquées par un primitivisme qui n’exclut pas l’élégance, ni l’humour. Divinités énigmatiques, masques de tragédie, guerriers, monstres difformes, femmes aux visages singuliers… Ces sculptures qui semblent appartenir à des civilisations disparues naissent en fait de la fantaisie de Derain, pas si éloigné ici de l’art brut de Dubuffet.
Midi Libre le 27 Décembre 2007.
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