Qu’est-ce que l’art brut ? Celui des fous ? Des enfants ? Des marginaux ? Au début des années 1950, Jean Dubuffet tranche: « Il n’y a pas plus d’art des fous que d’art des dyspeptiques ou des malades du genou. » Depuis des années déjà, cet ancien négociant en vin s’intéresse à cette forme d’expression. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il a rencontré le médecin d’Artaud, qui lui a fait connaître notamment les dessins de Raphaël Lonné et ceux de Guillaume Pujolle, réalisés, pour ce dernier, à l’encre et aux produits pharmaceutiques (Mercurochrome, teinture d’iode). Plus tard, parmi beaucoup d’autres, il découvrira les oeuvres d’Auguste Forestier, un malade qui, dans les couloirs de l’hôpital Saint-Alban où il est interné, a installé un établi où il façonne d’effrayantes bestioles ou des personnages à tête d’oiseau. Plutôt que d’un art des fous, Dubuffet préfère évoquer les « valeurs sauvages », c’est-à-dire toutes celles qui s’écartent des académismes. D’un art, dit-il encore, « où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe ». Dubuffet connaissait évidemment le fameux palais du Facteur Cheval que ce préposé aux postes érigea à la sueur de son front à Hauterives, dans la Drôme, entre 1879 et 1912. Malraux classa cette inclassable construction monument historique en 1969. Aujourd’hui, l’art brut continue à susciter l’intérêt. Le Musée d’Art moderne Lille Métropole consacre une exposition à « Dubuffet et l’art brut » (1), la Halle Saint-Pierre à Paris présente un ensemble d’oeuvres de patients d’hôpitaux psychiatriques brésiliens et organise un colloque sur le thème « Re-garder la folie » (2). Enfin, on n’oubliera pas le musée qui lui est entièrement consacré à Lausanne (3).
(1) Du 15 octobre au 2 janvier. Rens.: 03-20-19-68-68.
(2) Jusqu’au 26 février. Rens.: 01-42-58-72-89.
(3) Collection de l’art brut, Lausanne. Rens.: 00-41-213-525-70.
Le Nouvel Observateur le 22 Septembre 2005.
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