Libération sexuelle au petit point

21 12 2007

Troublante et jubilatoire entreprise de détournement que celle de Helga Sophia Goetze! Voilà une bourgeoise rangée et mère de sept enfants qui se met soudain, à la fin des années 1960, à pratiquer assidûment la broderie. Jusque-là, rien que de très traditionnel. Sauf que sa broderie à elle emprunte insidieusement la voie des travaux à l’aiguille, symbole de l’assujettissement de la femme, pour clamer avec une insolence puissamment inventive les bienfaits de la libération sexuelle et d’une morale nouvelle dégagée des tabous touchant au plaisir charnel. Rien à voir avec les napperons de grand-maman: sur des tentures hautes en couleur, qui peuvent dépasser 2 m, elle fait sa révolution hippie au petit point, entre femmes nues lascives, paysages fleuris et aphorismes protestataires. La Collection de l’art brut, qui les a récemment découvertes à Berlin puis reçues en donation exceptionnelle – victime d’une attaque cérébrale, la brodeuse a dû abandonner son ouvrage –, en a intégré six pièces à son exposition «L’envers et l’endroit», précisément dédiée à l’inventivité débridée et hors norme dans les travaux à l’aiguille.

24 Heures le 14 Décembre 2007.





L’univers de Jean-Joseph Sanfourche est visible, jusqu’au 6 décembre, au musée des Beaux-Arts

6 09 2007

La partie de la planète Sanfourche, visible jusqu’au 6 décembre au musée des Beaux-Arts de la Rochelle, décoiffe. Plus encore dans ce lieu, disons académique, bien ancré au deuxième étage du 28, rue Gargoulleau. C’est un bien de faire ainsi se rencontrer, à la limite de la confrontation, des écoles et des siècles.

Pas diabolique pour un regard, les uvres de ce vieil homme Sanfourche, prénommé Jean-Joseph et à l’enfance tourmentée, vous fixent à la hauteur du regard des yeux écarquillés de ses personnages asexués, sans âge, mi-surpris, mi-angoissés. En fait, ces bonshommes, cette multitude, renvoient à l’artiste, à son existence qui semble donc s’être fixée dans une enfance bordelaise déportée par les nazis.

Mais cet homme, par l’art indubitablement, est parvenu à dépasser l’horreur. Appréciée autant par Jean Dubuffet, un des incontournables de l’art brut que par Tina Turner (elle adore les plats de Sanfourche qui lui en a d’ailleurs réalisé sans prendre encore le temps de lui offrir), la patte de Sanfourche est plurielle. Ses dessins et peintures prennent corps sur des supports pour le moins originaux comme des chasubles. Ses émaux attirent tout autant l’il, il qui est sans aucun doute l’organe qui parle le plus à l’artiste et qui lui permet d’évidence d’entrer en communication avec le public.

Deux vidéos sont aussi présentées durant l’exposition, visible jusqu’au 6 décembre, tous les jours, sauf le mardi, de 14 heures à 18 heures. Contact auprès des affaires culturelles au 05 46 51 51 51.

Sud Ouest le 30 Août 2007.