L’association La Filature du pont de fer, à Lasalle, invite, à partir du 5 avril à se jeter sans a priori dans la manifestation « De l’art brut à l’art singulier ». Exposition, conférences, projections de films et ateliers sont au programme. Pour bien commencer, rien ne vaut une définition ! C’est l’écrivain et collectionneur Alain Bouillet qui viendra donner celle de l’art brut et expliquer que c’est le peintre Dubuffet qui a choisi ce nom en 1945. A une époque où l’on cherchait « les origines de l’art », il s’est intéressé aux travaux des patients d’hôpitaux psychiatriques. Pris de passion, il a constitué une véritable collection et défini l’art brut comme l’ouvrage d’une personne libre de toute influence. Des internés d’hôpitaux, des habitants de régions rurales isolées, qui travaillent souvent en secret, sans aucune envie de montrer et encore moins de vendre ou exposer leur production. Ces pièces esthétiques, étonnantes, obsessionnelles, Dubuffet en a rassemblé 35 000, qui ont désormais leur palais en Suisse, après avoir été refusées par les musées français. Elles ont fasciné Alain Bouillet au point de se lancer lui-même, avec les passionnés de l’association l’A'racine, à la recherche de dessins, sculptures, broderies, dans les puces, brocantes, chez les gens. L’association a rassemblé 3 500 oeuvres d’art brut qui, début 2008, auront à leur tour leur musée en France, dans le Nord. Alain Bouillet a également fait sa propre collection, dont il vient présenter une centaine de pièces à Lasalle. Il guidera des visites, explique-t-il, « car ces objets ne peuvent se séparer de l’histoire de leurs auteurs et de leurs conditions de production ». Ce sont des objets « nécessaires à leur vie psychique ». Le regard porté sur eux se doit donc d’être à la fois esthétique et éthique. Alain Bouillet présentera ainsi les dessins de Martha Grünenwaldt. Née en Belgique, cette femme n’est jamais allée à l’école et a eu une vie difficile. Aujourd’hui, sans qu’elle s’en préoccupe, ses dessins sont exposés au Japon, aux Etats-Unis… « Une fois qu’ils sont faits, elle les jette. Elle dessine par prolifération. » Peu à peu, la page se remplit d’un paysage, visage, animal. « Il y a autant de façons que d’auteurs. C’est souvent un processus calmant. Ça les habite », poursuit A. Bouillet, qui conclut : « Plus j’y pense, plus je me dis que plutôt que de les donner à un musée d’art, il faut en faire un musée de la condition humaine ».Jeudi 5 avril à 18 heures, conférence, puis vernissage de l’exposition. A voir jusqu’au 21 avril. Nous reviendrons en détail sur le reste du programme dans une prochaine édition. Contact : 04 66 85 11 67.
Midi Libre, Les Journaux du Midi le 2 Avril 2007.
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