Conclusion

Si pouvoir de guérir il y a, ce savoir faire, semble étre inné et personnel ; Il peut étre simultané ou précéder la crétaion artistique. L’un des principes du chamanisme est de se guérir soi-méme pour pouvoir ensuite guérir les autres. Crepin, Lesage, comme beaucoup de peintres médiums ont subi un choc traumatique suivie d’une phase de rédemption, permettant ainsi d’accéder à la capacité de pratiquer des guérisons.

Crepin, Lesage, Novak et Simon, n’utilisent pas leurs créations artistiques à des fins thérapeutiques. Elles interviennent probablement comme un support aidant à la concentration. Elles permettent la maitrise de leur mental. Elles facilitent probablement l’accès à des états de conscience modifiés.

Nous retrouvons ainsi les rythmes, la musique, la concentration, le silence, la purification. L’utilisation des points d’une maniére répétitive et rythmique, de la symétrie dans les oeuvres, les obligent à maitriser leur mental, et apporte ainsi une influence bénéfique sur eux méme. Pour S. Novak sa peinture semble étre un facteur de stabilité de son psychisme.

Leurs oeuvres sont réalisées sur instruction de voix, qui font le lien entre le monde matériel et spirituel. Elles jouent le rôle d’intercesseur ( faire cesser la guerre ) elles interpellent le surnaturel, elles incarnent l’esprit magique des objets de notre quotidien. C’est ainsi qu’elles se trouvent étre chargées d’un certain sacrée, à ce tritre elles retrouvent la fonction premiére de la création artistique.

Tous ces éléments pris séparément peuvent prêter à sourire, voire inciter à la suspicion, dans tous les cas provoquer la controverse. Les créateurs dont nous parlons ont tous vécu dans la première moitié du vingtième siècle, dans un contexte d’angoisses et de souffrances spécifiques à cette période. Leurs œuvres nous laissent entrevoir une réponse existentielle d’un aspect particulier.

Notre système nerveux a des caractéristiques qui sont universelles. On peut supposer que le mécanisme cérébral qui est à l’origine de la créativité artistique fonctionne avec un dénominateur commun pour l’ensemble de l’humanité. Il formalise une représentation d’éléments permanents, qui constitue ce qu’il y a d’éternel dans les consciences. Ces artistes médiums ne font pas référence à la réalité, ils ont une créativité qui résulte de l’irrationnel, en dehors de tout endoctrinement esthétique ou culturel. Ils vivent le sacré en prise directe, nous pouvons y percevoir un esprit, une vérité qui réveillent en nous des souvenirs enfouis et nous ramènent à nos peurs ancestrales. Ils nous confrontent aux mystères du monde, ce sont les chamanes de notre temps. Nous touchons ainsi aux origines magiques de l’Art.

En parlant de Joseph Crépin, André Breton ne s’est pas trompé quand il y voit des résonances avec « des œuvres d’origine orientale, ou précolombienne qui les font participer d’un certain sacré. » Les peintures des indiens Navajo ou les mandalas tibétains sont issus de la nature commune de l’homme en quête de spiritualité. Ce fait est universel et fait l’objet d’une préoccupation éternelle. Le sacré comme le profane coexistent dans l’histoire de la pensée humaine, Ces créateurs nous font accéder sans recherche intellectuelle et sans subterfuges, aux émotions qui sont les plus profondes et les plus intérieures, aux vibrations de l’âme.

Emile Durkheim écrivit au début du vingtième siècle : « Nous n’étudierons donc pas la religion archaïque pour le seul plaisir d’en raconter les bizarreries et les singularités. Si nous l’avons prise comme objet de notre recherche, c’est qu’elle nous a paru plus apte que toute autre à faire comprendre la nature religieuse de l’homme, c’est- à-dire à nous révéler un aspect essentiel et permanent de l’humanité (E. Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse).

Copyright © Gilles Lewalle.

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