Partie 2 - D

D. Lien entre le matériel et le spirituel 

Pour Fleury-Joseph Crépin l’esprit est celui du Soleil, dont il semble tirer toute ses énergies. Celui-ci est de toute évidence l’élément le plus symbolique de la vie, celui dont notre monde est issu, son rayonnement est universel et source de toute vie sur terre, vénéré dans diverses civilisations en tant qu’intelligence du monde, conscience de l’univers. Protecteur des moissons et des troupeaux, essentiellement artiste et guérisseur, on lui attribue le laurier.

L’une des premières personnes à avoir perçu l’étrangeté des peintures de Joseph-Fleury Crépin est probablement André Breton. Je relis aujourd’hui le texte écrit pour l’Almanach de l’Art brut en 1948. Que dit il :

« …le don infaillible qu’elle montre (l’œuvre plastique d’ordre médianimique ) d’appeler certains rapprochements avec des œuvres d’origine orientale ou américaine précolombienne. Cette dernière propriété est assurément celle qui demanderait à être élucidée tout d’abord. Toujours est-il qu’elle fait participer l’œuvre plastique du médium d’un certain sacré dont les autres productions modernes sont étrangement dépourvues. »

N.B. Personne ne trouva jamais l’occasion de mener à bien cette recherche

Si ce n’était pas André Breton qui nous révèle ces aspects, nous n’oserions pas les évoquer. Ils nous semblent aujourd’hui indiscutables. Nous pouvons y rajouter les peintures pariétales des tribus San en Afrique du sud, les mandalas tibétains, les dessins des hommes médecins navajo. Toutes ces créations ont des points communs formels, elles sont par ailleurs destinées à la concentration ou à la guérison. Nous sommes ici devant un phénomène beaucoup plus fascinant que la ruse grossière d’un mauvais chamane un peu filou. Si subterfuge il devait y avoir, il serait plus simple pour un peintre d’en rester au domaine figuratif.

Très clairement au début, les uns et les autres nous disent ne pas savoir ce qu’ils font, ne pas comprendre leur travail, n’avoir aucune explication à donner du processus, et être sous l’emprise de leurs guides. Nous sommes en fait dans une expression formelle abstraite, commune à l’ensemble des peuples ou des individus à la recherche d’une spiritualité, fonction première de la création artistique : lien entre le matériel et le spirituel, un intermédiaire entre la réalité et le surnaturel. Cette expression n’est en aucune façon intellectuelle ou explicitée. Elle est le propre d’individus hypersensibles face à leurs angoisses dans un monde matériel changeant, sujet à des soubresauts dramatiques et sanglants, elle fait appel à l’esprit magique incarné dans un objet du quotidien. Tel le talisman susceptible d’apporter quelques transformations heureuses à ceux qui l’abordent. C’est une réponse face aux terreurs ancestrales de l’homme, sans explications rationalistes pour les déchiffrer ou les maîtriser, nous sommes ici dans l’ Archaïque.

Copyright © Gilles Lewalle.

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