Partie 2 - E
E. Initié – Initiation
Je constate simplement que c’est à 21 ans (en 1896 ), l’âge de la majorité, que Crépin fait l’objet d’une guérison miraculeuse, par laquelle il devient un nouvel homme, avec une vue lui permettant d’écrire de la musique. Et comme le dit très justement Jean-Louis Lanoux :
« Mais si le tableau clinique est énigmatique, toute l’histoire de F.J.C. demeure sous l’influence de cette pathologie ophtalmique…Cultivant le dérèglement d’un sens fragilisé par une ancienne affection, F.J.C. se servait de ses symptômes comme un tremplin lui donnant l’élan nécessaire à la création picturale. Cela en s’astreignant régulièrement à des exercices qui rappellent ceux des mystiques ou de certains devins de l’antiquité. Jouant avec le soleil comme on jouerait avec le feu, il fixe ‘bien en face sans ciller durant des heures’ l’astre du jour aussi facilement qu’il lui est possible. » (page 41).
Ce n’est qu’en 1939, après cette longue période d’incubation, qu’il devient l’élu des esprits et qu’une mission lui est assignée, dévouée à la communauté. Pour Fleury-Joseph Crépin les similitudes avec une forme de chamanisme semblent évidentes. Nous avons ici un processus de renaissance plutôt long, qui l’amène au fil des ans à une véritable restructuration de la personnalité. Il développe alors une plus grande sensibilité et une grande conscience de soi et des autres.
La situation est plus complexe pour Augustin Lesage au sens où nous n’avons que très peu d’informations sur son adolescence. Néanmoins il est surprenant de constater que toute son enfance fut baignée d’une suite d’événements pour le moins douloureux, dans un contexte familial emprunt de culture religieuse : en 1883, mort de sa sœur Marie ; en 1890, mort de sa mère. Pour ses 19 ans, en 1895, il est blessé à la mine « par une explosion prématurée », un accident dont le procès- verbal lui impute partiellement la responsabilité. En 1898, c’est la mort de son frère Eustache, en 1904 celle de sa cadette, Camille. Son pouvoir de guérir semble être simultané, ou rapidement consécutif au commencement de sa première toile, en 1912 (Thévan Delobelle : mettant en suspens l’exécution de l’œuvre au moment où le mineur emprunte la voie du guérissage) En même temps qu’il quitte la mine, Lesage échappe à la peinture. Toute son énergie est désormais tournée vers les guérisons, les malades sont si nombreux que le temps lui fait défaut. A partir de 1916, il n’utilisera plus ses capacités de guérisseur pour des raisons judiciaires, ce qui ne remet nullement en cause ses pouvoirs.
Nous ne saurons jamais la manière dont son accident (choc traumatique) de 1895 fut vécu. Il semble clôturer sa vie d’enfant. A cette même date, sa compagne Irma accouche d’une fille nommée Marguerite. On pourra imaginer que cet événement l’amena à reconstruire sa personnalité, l’accumulation de souffrances suite aux nombreux décès et l’intériorisation de toutes ces expériences douloureuses menant à l’émergence d’une personnalité nouvelle. Ce n’est qu’ensuite que ses guides se présenteront à lui. Nous retrouvons ici le côté thérapeutique du chamanisme, qui est de se guérir pour ensuite pouvoir guérir les autres.
Ce processus semble assez courant chez les peintres médiums. Marguerite Burnat- Provins devient peintre après le choc émotionnel suscité par la déclaration de guerre du 2 août 1914. Anna Zemankova est happée par sa vocation de peintre médiumnique à la suite d’une profonde dépression. J’ignore si ces personnes étaient aussi guérisseurs. Marie-Jeanne Gil fait l’objet d’un « miracle » à 7 ans et c’est à 50 ans qu’elle est contactée par ses guides pour peindre, alors qu’elle est guérisseuse. Yvonne Cazier à 50 ans, après la mort accidentelle de sa fille, reçoit des instructions de ses guides pour peindre et pratique des guérisons.
Copyright © Gilles Lewalle.
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