Partie 1 – F

F. Socialement intégré à sa communauté

Le chamane n’est pas un mystique isolé, son existence est dévouée à la communauté. Pour lui, la communauté est en général une micro-société, où l’idée d’âme se combine à une vision cyclique des processus de la nature. Mais les chamanes, personnages centraux dans leur société, sont également des marginaux du fait de la nature peu ordinaire de leurs expériences et de leur personnalité. Qu’ils soient chasseurs, femmes au foyer ou fermiers quand il ne chamanisent pas, le pouvoir d’accéder à d’autres mondes et de se métamorphoser ne les quitte jamais. Leurs identités diverses vont souvent par paires et s’expriment simultanément lors de rituels : à la fois guérisseurs et sorciers, humains et divins, humains et animaux, masculins et féminins, la somme de chaque paire indiquant la totalité du monde d’être d’un chamane. La personnalité du chamane est également complexe en raison du drame de ses prestations. Mais il ne souffre pas, au sens psychiatrique, de personnalité multiple, laquelle implique un monde imaginaire privé, car les esprits du chamane concernent la communauté dans son ensemble. Il n’existe pas de chamanes sans société ni culture environnante. Le chamanisme n’est pas une simple religion mais une forme pluriculturelle de sensibilité et de pratique religieuse.

Copyright © Gilles Lewalle.

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